Retour Origine de la musique Les  instruments


Origines de la musique arménienne

Cette page reprend des extraits d'un texte de Inès Ramananarivo disponible chez depuis : "La musique traditionnelle et comptemporaine arménienne". 

 

SECONDE PARTIE : LA MUSIQUE A TRAVERS LE TEMPS

Quid de la Musique lors des différents contextes historiques de l'Arménie ?
Il est à noter que l'Histoire retient trois grandes régions qui sont autant de nuances de la civilisation, et donc de la musique arménienne : l'Arménie Occidentale et sa capitale intellectuelle Bolis (Istanbul), le Royaume de Cilicie et l'Arménie transcaucasienne où se trouve Etchmiadzine, centre du christianisme monophysite.

  CHAPITRE 3 : LES DEBUTS (~3000 - 1er siècle Ap. J.-C.)

Les origines de la civilisation arménienne se perdent dans la nuit des temps. Grâce à des découvertes archéologiques et des centaines d'inscriptions hiéroglyphiques, nous savons que cette civilisation est l'une des plus anciennes, déjà florissante au troisième millénaire avant notre ère.
La nation arménienne reçut sa position historique et géographique définitive au ~Vie siècle par la fusion de différents peuples.
Le manque de sources écrites est l'une des principales difficultés dans les recherches musicales. En effet, l'une des traditions de la musique arménienne est sa transmission orale depuis des siècles.
Moïse de Khorène  signale des chants historiques et héroïques datant de plusieurs siècles. Faust de Byzance et Yéghiché  font allusion à des fêtes païennes où la musique est présente et prisée.
Par ailleurs, certains fragments de musique folklorique recèlent des traces de cet art lointain. Les auteurs en étaient les goussan (chanteurs professionnels et poètes), les vipassan (poètes et auteurs de poèmes épiques), les tsaynargou (pleureuses professionnelles), les vartsag (chanteuses et danseuses).

  CHAPITRE 4 : MUSIQUE SPIRITUELLE (1er - VIIIe siècles)

En 301, l'Arménie est la première nation au monde à proclamer le christianisme comme religion d'Etat.
Vers le Ve siècle, une époque de spiritualité et de maturité culturelle caractérise le pays. La création de l'alphabet contribue à l'achèvement de l'Age d'Or de la littérature. En 451, Vartan Mamikonian et ses vaillants compagnons résistent à la domination perse.

L'invasion arabe en 640 plonge le pays dans une période de deux cents ans de déclin, d'inertie et de tourment. Pourtant, ces tribulations n'empêchent en rien l'Arménie de préserver une culture riche et à facettes multiples. La musique annexe divers instruments contemporains de la civilisation orientale n'entrant pas en contradiction avec le caractère de l'art local. Elle en crée d'autres, conformes aux idées culturelles nationales.
Des savants, des grammairiens se sont intéressés de près à la théorie de la musique et à l'art lui-même. Ils nous ont ainsi légué des ouvrages  d'une rare précision. Les textes les plus anciens sont des hymnes grecs de Palestine, dont seulement 5% ont été conservés dans la liturgie grecque de Constantinople (Première Epoque). Très vite, des compositions originales se joignent à ces adaptations.

Deux aspects bien distincts marquent la musique : la liturgie et la musique populaire, cette dernière étant très prisée et recherchée dans les palais et plus généralement dans la classe aristocratique. On ne peut réellement dire quelle est l'influence de la musique populaire. On peut affirmer qu'elle a une large part dans la formation culturelle, et que les textes reflètent les perspectives et exigences du quotidien.

Parallèlement à cet art, la littérature religieuse et populaire, les contes, les légendes, les thèmes d'amour, les poèmes épiques sont très répandus et très usités par les musiciens. Aux chants de labour, les horovel et pastourelles, d'autres genres se greffent, enrichissant le patrimoine culturel. Religieuse, militaire, profane, la musique mène tous les événements de la vie publique ou privée : mariages, funérailles, cérémonies, montées aux combats, chants épiques ou historiques, défilés triomphaux, fêtes nationales....

L'essor de la religion chrétienne quant à elle nous apporte un aspect florissant de la musique liturgique. L'Eglise emprunta d'abord les psaumes de l'Ancien Testament puis composa de nouveaux textes liturgiques en s'en inspirant. Les textes et musiques de nombreux cantiques ont été composés par deux grandes figures ecclésiastiques du Ve siècle : Saint Sahak et Saint Mesrop. Ces cantiques se fondaient sur la tradition séculaire de la musique populaire. La mélodie liturgique était monophonique.

Grâce à Stephan Sunetsi (Etienne de Sunik), une nouvelle époque de la littérature sacrée naît au VIIIe siècle et Son ouvrage "Charagnots" (livre des Cantiques) compile les chants et hymnes religieux. On lui attribue l'essor et le développement du système de notation des neumes, qui, de nos jours, reste quasiment indéchiffrable. Sahagadoukht, sœur de Stephan Sunetsi, possédait elle aussi une maîtrise impeccable de l'art musicale. Vivant dans les grottes de Garni en Arménie, elle enseignait le chant. Compositeur et auteur de nombreux cantiques et mélodies, elle est la première poétesse et musicienne dans les annales de l'Histoire d'Arménie.

CHAPITRE 7 : ENVERGURE DE L'ART MUSICAL (Ixe - XIIIe siècle)

En 885 l'Arménie recouvre son indépendance,  et sa culture connaît un nouvel essor. Vers la moitié du Xie siècle, les invasions des Turcs seldjoukides conduisent les Arméniens à émigrer, ce qui conduit entre autres à la fondation du royaume de Cilicie.

A cette époque, les grandes villes comme Dvin, Van, Kars, Ardzni, Ani, jouent un rôle considérable dans la vie sociale, économique et politique. La vie culturelle d'Ani est nettement supérieure à celle des villes de l'Europe occidentale du moyen âge. A Ani, Sanahine et Narek, des séminaires sont fondés où l'on enseigne la théologie, la philosophie, la cosmologie et la musique.
Cette période connaît également un essor littéraire : le poète mystique Grigor Narekatsi (Grégoire de Narek) (951-1003) se fraye une voie dans la poésie populaire.

La grande rénovation opérée en Cilicie par Nersès le Gracieux (Nersès Chenorhali) (1102-1172) semble avoir comporté outre un enrichissement considérable de l'hymnaire, une rénovation de la notation neumatique. C'est au Ixe siècle que se développe la notation neumatique, atteignant son point culminant vers les XIIIe -XVe siècle La notation neumatique décline pour disparaître vers les XVIIIe XIXe siècle En l'absence des clés de déchiffrement, il est impossible d'affirmer s'il y a eu ou non, transformation des vieilles mélodies.
Cette période voit naître le poète et philosophe Frik, et le poète lyrique Constantin Erzengatsi (Constantin d'Erzenga).

Enfin, l'art des goussan atteint son sommet. Les principales mélodies de ces troubadours expriment un amour romantique et chevaleresque ou renferment un sens politique, historique ou moral.
Il est essentiel là encore de noter que la musique était monophonique et douée d'une grande profondeur émotionnelle.

   CHAPITRE 8 : ART DES TROUBADOURS (XIVe - XVIIIe siècle)

La plus sombre époque historique de l'Arménie s'étend du XIVe au XVIIIe siècle, marquée par les conquêtes et invasions des Mongols, Tatars, Ottomans et Perses.

En 1555, le partage de l'Arménie entre la Turquie seldjoukide et la Perse annihile le patrimoine culture et les trésors d'une civilisation millénaire. C'est l'exode, l'émigration et par là même la création de nombreux foyers arméniens de par le vaste monde.

De la gravité de ces époques naissent les ballades narratives, les chants plaintifs, satiriques et surtout les "antoun" (sans-demeure). Ce genre musical s'appelle le dagh, chant composé sur des thèmes très larges renfermant des sujets philosophiques, spirituels, lyriques ou comiques. Le dagh est la forme la plus riche mais également la plus complexe de l'art monodique.

Les traditions musicales de ces époques sont conservées grâce aux achough (troubadours), dont le plus renommé est sans contexte Sayat Nova, dont l'oeuvre marque l'Age d'Or de l'art des goussan et des achough.

 

"Ne sois pas fier afin de plaire aux supérieurs

"Incline-toi même par-devant tes inférieurs

Dieu a donné une âme pareille à tous les hommes

"Aime l'indigent, aime ton hôte, aime l'étranger".

Sayat Nova (Extrait)

 

D'autre part, la perte d'une structure étatique depuis près de dix siècles ne pouvait que renforcer l'attachement des Arméniens à leur église, dans laquelle ils entendaient leur langue classique, que le chant aidait à mémoriser.

L'histoire de la musique liturgique est le reflet de la culture arménienne : ouverte aux richesses des différentes cultures avec lesquelles elle entre en contact, elle n'en demeure pas moins elle-même. Ainsi en témoigne le rejet des traductions arméniennes de la liturgie romaine, établies par les Frères Uniteurs à l'instigation des missionnaires dominicains au XIVe siècle

   CHAPITRE 9 : NOUVEL ELAN DE LA MUSIQUE - XIXe - XXe siècle

Les musiciens arméniens de notre temps ont réussi à intégrer à leur musique une tradition très spécifique et des courants venus du monde entier sans s’enfermer dans la première ni se diluer dans les seconds.
Svetlana Navassartian (pianiste)

Annexée à la Russie en 1828, l'Arménie orientale connaît dans sa vie de tous les jours de nouveaux horizons.
Le massacre ordonné par le sultan turc Abdul Hamid II durant la dernière décennie du XIXe siècle et le GENOCIDE DE 1915 anéantissent la population arménienne, totalisant sur moins de 40 ans presque DEUX MILLIONS d'arméniens.
Puis, la nation connaît une brève période d'indépendance de 1918 à 1920.

Durant la seconde moitié du XIXe siècle la musique arménienne fonde son style sur les bases traditionnelles du folklore national et assimile les trésors de la musique classique occidentale et russe. Jusqu'à cette période la musique traditionnelle était essentiellement monophonique. Les musiciens arméniens adoptèrent le style et les principes fondamentaux de la polyphonie vers cette époque transitoire que fut la fin du XIXe siècle

Si l'on peut se demander dans quelle mesure les transcriptions du répertoire liturgique faites lors de ce siècle sont fidèles aux mélodies médiévales, il faut avouer que la situation est pire pour le répertoire profane.

Dans la sphère culturelle d'Istanbul, de nombreux noms, encore célèbres aujourd'hui dans tout l'Orient, illustrent le rôle de premier plan joué par les arméniens dans la musique savante. Parmi eux on note Kemani Agopos Ayvazyan, Udi Krikor Berberian, Kemani Sebuh, Lautaci Andon Nizarnian, et Kemani Tateyos Ekserjian.

Mention spéciale doit être faite de Hambartsoum Limondjian (1768-1839), chanteur et compositeur, disciple du grand maître Dede Effendi, musicien et soufi. A la demande du Sultan Selim III, Hambartsoum sauve un pan énorme du répertoire classique ottoman grâce à une notation musicale qu'il invente à partir des khaz (neumes) et qu'adoptent les compositeurs turcs, grecs, juifs et arméniens de l'époque.

A l'époque contemporaine, un corpus énorme de musique populaire a été transmis par Komitas (1869-1935), qui passa le plus clair de sa vie à transcrire et à classer les mélodies. Avec lui s'ouvre une ère nouvelle dans l'histoire musicale et culturelle arménienne. Il fut le premier à définir la musique populaire comme la source et la fondation mêmes de la musique nationale.

"Les paysans arméniens chantent leurs chansons à l'unisson et sans accompagnement instrumental. Les arméniens des villes connaissent peu l'art simple, mais éminemment original, de leurs compatriotes ruraux. Dans l'harmonisation, j'ai eu le constant souci de maintenir le caractère et le style de cet art particulier, qui se révèle dans les mélodies rustiques arméniennes et porte un cachet nettement national.Komitas (extrait)

Dans le contexte oppressant de la montée du nationalisme, il s'attacha à définir les critères propres aux différents styles arméniens, les différenciant des autres répertoires ethniques.

Komitas, partisan de la sobriété dans l'ornementation, sut -en particulier dans son traitement de la liturgie, initialement mélodique- trouver un style polyphonique médian, où l'aspect linéaire des parties mélodiques garde un accent de caractère modal. Ses dons musicaux et sa perspicacité extraordinaires lui permirent de découvrir la clé des khaz, permettant le déchiffrage d'une immense somme musicale.

Hélas, dans le chaos du GENOCIDE DE 1915, ses documents furent détruits. Komitas perdit la raison sans avoir pu communiquer sa découverte.

Kara Mourza et Makar Yekmalian dirigeaient alors la musique arménienne vers l'option polyphonique de l'époque. Ce mouvement tendait à orienter l'art mélodique de la modalité vers la tonalité et des échelles inégales vers le tempérament égal.

Haut de page

 


Retour ]  

Dernière Mise à jour le : 26/03/2004